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Marquage CE d'une machine : ce que le fabricant doit faire, étape par étape

Par Jerry Padonou, fondateur d'Inscale AgencyMis à jour le 20 septembre 202610 min de lecture

Quels sont les produits soumis au marquage CE, et lesquels ne le sont pas ?

Le marquage CE ne s'applique qu'aux produits couverts par un texte européen qui l'exige. Il est interdit sur les autres. Pour un fabricant industriel, les familles les plus courantes sont les suivantes :

ProduitTexte de référence
Machines, ensembles de machines, quasi-machinesDirective 2006/42/CE, puis règlement (UE) 2023/1230
Éléments de structure en acier ou aluminiumRèglement produits de construction, norme EN 1090
Armoires et équipements électriquesDirective basse tension et directive compatibilité électromagnétique
Équipements sous pression, matériel en atmosphère explosiveDirectives équipements sous pression et ATEX
Équipements de protection individuelleRèglement (UE) 2016/425

Trois cas piègent les ateliers. Une machine construite pour votre propre usage doit être conforme et marquée comme si vous la vendiez : celui qui met en service est traité comme fabricant. Un ensemble de machines que vous assemblez en ligne de production fait de vous le fabricant de l'ensemble, même si chaque machine porte déjà son marquage. Une quasi-machine, destinée à être incorporée, ne reçoit pas le marquage CE mais une déclaration d'incorporation et une notice d'assemblage.

À l'inverse, un garde-corps, un escalier ou une table de travail sans énergie motrice ne relèvent pas de la directive machines ; ils peuvent relever d'autres règles, comme EN 1090 pour les structures porteuses.

Directive 2006/42/CE ou règlement (UE) 2023/1230 : quel texte s'applique à votre machine ?

La règle de date est simple. Une machine mise sur le marché ou mise en service jusqu'au 19 janvier 2027 relève de la directive 2006/42/CE, transposée dans le code du travail. À partir du 20 janvier 2027, le règlement (UE) 2023/1230 s'applique directement dans tous les États membres, sans transposition. Une machine livrée en 2027 devra donc être conçue et documentée selon le règlement, même si son devis date de 2026.

Les exigences essentielles de sécurité changent peu ; ce qui change, au moment où nous écrivons, tient surtout à quatre points :

Le texte complet est sur EUR-Lex ; le réflexe utile est une lecture comparée des deux annexes I par votre bureau d'études avant le prochain projet livrable en 2027.

Comment obtenir le marquage CE : les six étapes du fabricant

  1. Identifier les textes applicables. Machines, mais aussi basse tension, compatibilité électromagnétique, parfois pression ou ATEX. Chaque texte a ses exigences et sa déclaration.
  2. Évaluer les risques. La norme EN ISO 12100 donne la méthode : limites de la machine, identification des phénomènes dangereux, estimation, réduction par la conception, puis par les protections, puis par l'information. Ce document est le cœur du dossier.
  3. Concevoir en appliquant les normes harmonisées. Elles donnent présomption de conformité aux exigences essentielles ; vous pouvez vous en écarter, à condition de démontrer un niveau de sécurité équivalent.
  4. Constituer le dossier technique. Plans, schémas, calculs, analyse des risques, rapports d'essais, liste des normes, notice. Il se conserve dix ans après la dernière machine produite et doit pouvoir être présenté aux autorités.
  5. Rédiger la notice et poser la plaque. Notice en français pour une machine utilisée en France ; plaque avec nom et adresse du fabricant, désignation, série, année de construction, marquage CE.
  6. Signer la déclaration UE de conformité et apposer le marquage. Pour les machines listées en annexe comme présentant des risques particuliers, un organisme notifié intervient avant cette étape.

Comptez plusieurs jours d'ingénieur pour une première machine documentée sérieusement ; les suivantes réutilisent la structure. Le coût réel est le temps du bureau d'études, pas l'organisme notifié.

Le graphisme du marquage CE est fixé par le règlement (CE) n° 765/2008 : deux lettres dessinées sur des cercles de même diamètre, proportions imposées, hauteur minimale de 5 mm, apposé de façon visible, lisible et indélébile. Un logo aux lettres resserrées ou étirées, souvent présenté comme un prétendu marquage « China Export », est simplement un marquage non conforme ; il n'existe aucun marquage officiel de ce nom.

Le logo ne prouve rien à lui seul. Ce qui prouve la conformité, c'est la déclaration UE de conformité qui accompagne la machine et le dossier technique que le fabricant peut produire. Un acheteur prudent demande la déclaration avant de payer, et vérifie qu'elle cite bien les textes applicables et une adresse en Europe.

Le faux marquage, ou le marquage sans dossier, expose le fabricant à une interdiction de mise sur le marché, au retrait ou au rappel des machines déjà livrées, et à des sanctions pénales prévues par le code du travail et le code de la consommation. Sur le plan commercial, un donneur d'ordre qui découvre l'absence de dossier lors d'un audit sécurité retire le fournisseur de son panel. En France, la surveillance relève de l'inspection du travail, de la DGCCRF et des douanes.

Que doivent contenir la déclaration UE de conformité et la notice ?

La déclaration UE de conformité est un document d'une page, signé par une personne habilitée, qui comporte :

La notice d'instructions, en français, décrit l'usage prévu et les mauvais usages raisonnablement prévisibles, les conditions d'installation, de réglage, d'utilisation et de maintenance, les risques résiduels, les équipements de protection à porter, le niveau sonore et les consignes en cas d'incident. Elle reproduit la déclaration de conformité ou son contenu.

Ces deux documents partent avec la machine et se rangent dans le même dossier que vos autres pièces de fournisseur : l'attestation de vigilance, le Kbis et les attestations d'assurance. La désignation portée sur la déclaration doit être celle du devis et de la facture, numéro de série compris.

Comment montrer le marquage CE sur vos pages produits et vos devis ?

Un acheteur industriel vérifie la conformité avant d'appeler. Sur la page produit, mettez la déclaration UE de conformité en téléchargement, la notice en PDF, la liste des normes appliquées et une photo de la plaque. Ce sont des documents que vous avez déjà ; les publier ne coûte rien et répond à la première question du service HSE du client.

Deux formulations à bannir : « certifié CE », puisqu'aucune certification n'existe hors organisme notifié, et « norme CE », puisque le CE n'est pas une norme. Écrivez plutôt : « Machine livrée avec marquage CE, déclaration UE de conformité et notice en français, conçue selon EN ISO 12100 et [normes applicables] ». La même ligne figure dans le devis, ce qui évite la discussion au moment de la livraison.

Nous le voyons chez Inscale Agency sur les sites de fabricants de machines : un acheteur qui arrive par une recherche Google cherche d'abord la déclaration de conformité et la notice, avant même de demander un devis. Si votre site ne montre ni déclaration ni notice, il ne ressort pas sur ces recherches, et les demandes ne rentrent pas. La conformité, documentée et visible, est l'un des rares arguments qu'un concurrent moins rigoureux ne peut pas copier en un après-midi.

Modèle prêt à l'emploi

Liste de contrôle du dossier technique avant expédition d'une machine

  1. Textes applicables identifiés et listés : machines, basse tension, compatibilité électromagnétique, autres.
  2. Analyse des risques selon EN ISO 12100, datée et signée, couvrant toutes les phases de vie de la machine.
  3. Plans d'ensemble, schémas électriques, pneumatiques et hydrauliques, notes de calcul des éléments porteurs.
  4. Liste des normes harmonisées appliquées, et justification des écarts éventuels.
  5. Rapports d'essais : fonctions de sécurité, arrêt d'urgence, bruit, essais de charge.
  6. Notice d'instructions en français, version datée, avec les risques résiduels et les équipements de protection.
  7. Plaque de marquage : fabricant, adresse, désignation, numéro de série [numéro], année [année], marquage CE aux proportions réglementaires.
  8. Déclaration UE de conformité signée, numéro de série identique à la plaque, au devis et à la facture.
  9. Attestation de l'organisme notifié, si la machine figure dans la liste concernée.
  10. Copie du dossier archivée pour dix ans ; déclaration et notice publiées sur la page produit du site internet.

Exemple chiffré

Chez un fabricant de machines spéciales de 30 salariés

Situation : un équipementier automobile demande, avant de signer une commande de 85 000 € pour un poste d'assemblage, la déclaration UE de conformité et l'analyse des risques. L'atelier a les plans et l'habitude de poser le marquage, mais aucune analyse des risques formalisée.

Décision : le bureau d'études consacre six jours à structurer le dossier selon EN ISO 12100, avec deux jours d'un consultant pour la méthode, soit quelques milliers d'euros. La déclaration est réécrite pour citer les textes et les normes réellement appliqués.

Résultat : la commande est signée trois semaines plus tard, et le modèle de dossier sert aux douze machines suivantes, à raison d'une journée d'ingénieur chacune. La page produit du site publie désormais la déclaration et la notice ; les acheteurs les téléchargent avant de demander un devis.

Questions fréquentes

Quels sont les produits soumis au marquage CE ?

Ceux couverts par un texte européen qui l'impose : machines, équipements électriques, équipements sous pression, matériel ATEX, équipements de protection individuelle, produits de construction dont les structures métalliques EN 1090, jouets, dispositifs médicaux. Sur un produit non couvert, le marquage CE est interdit.

Comment reconnaître le vrai logo CE ?

Les deux lettres sont dessinées sur des cercles de même diamètre, selon les proportions du règlement (CE) n° 765/2008, avec une hauteur d'au moins 5 mm. Le logo seul ne prouve rien : demandez la déclaration UE de conformité et vérifiez les textes qu'elle cite.

Le marquage CE est-il obligatoire pour une machine fabriquée pour mon propre atelier ?

Oui. Celui qui construit une machine pour la mettre en service dans sa propre entreprise est traité comme un fabricant : analyse des risques, dossier technique, notice, déclaration et marquage. L'inspection du travail peut demander le dossier lors d'un contrôle ou après un accident.

Faut-il passer par un organisme notifié ?

Seulement pour les machines listées en annexe comme présentant des risques particuliers, par exemple certaines presses ou machines à bois. Pour les autres, le fabricant procède seul à l'évaluation de conformité ; le règlement 2023/1230 rend l'organisme obligatoire pour une liste courte de machines à haut risque.

Que change le règlement machines 2023/1230 ?

Applicable au 20 janvier 2027, il remplace la directive 2006/42/CE sans transposition nationale. Il autorise la notice numérique sous conditions, précise la modification substantielle, intègre les risques liés au logiciel et à la cybersécurité, et impose un organisme notifié pour certaines machines à haut risque.

Sources et textes de référence

Informations à jour au 20 septembre 2026. Elles ne remplacent pas le conseil de votre expert-comptable ou de votre avocat sur votre situation.

JP

Jerry Padonou, fondateur d'Inscale Agency. Ingénieur de formation, il accompagne des fabricants et PME industrielles qui vendent sur devis, un seul acteur par marché.

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