Que dit la loi quand un délai de livraison n'est pas respecté entre professionnels ?
Entre professionnels, il n'existe pas de délai légal de livraison : c'est le contrat, donc le devis accepté et les CGV, qui fixe l'engagement. Une fois le délai dépassé, le code civil ouvre au client les recours de l'article 1217, à condition de vous avoir d'abord mis en demeure par écrit, sauf si l'exécution est devenue impossible.
| Ce que peut exiger le client | Base | En pratique |
|---|---|---|
| Suspendre son propre paiement | Article 1219, exception d'inexécution | L'acompte ou la situation attendue est retenu jusqu'à la livraison |
| Exiger la livraison | Article 1221, exécution forcée | Rare en pratique, sauf pièce sans équivalent |
| Appliquer les pénalités prévues | Article 1231-5, clause pénale | Déduites de la facture, dans la limite du plafond prévu |
| Demander des dommages et intérêts | Article 1231-1 | Le préjudice prouvé : chantier arrêté, pénalités subies en aval |
| Résoudre la commande | Articles 1224 à 1226 | Par clause résolutoire, par notification après mise en demeure, ou par le juge |
Avec un particulier, le régime est différent : le code de la consommation impose la livraison à la date indiquée ou, à défaut, sous trente jours, avec une faculté de résolution simplifiée. Cet article traite des ventes à des professionnels.
Délai indicatif ou délai ferme : que vaut la mention du devis ?
Un devis qui indique « délai : 6 semaines » sans autre précision engage sur six semaines, le point de départ restant à prouver. Deux réglages changent tout.
Le point de départ. Écrivez qu'il court à la plus tardive des dates suivantes : réception de l'acompte, validation écrite des plans d'exécution, réception des matières spécifiques commandées pour ce client. Un client qui met trois semaines à valider un plan ne peut pas ensuite compter six semaines depuis la signature.
La nature du délai. Un délai qualifié d'indicatif réduit votre engagement mais ne l'annule pas : il reste dû dans un délai raisonnable, et un dépassement important engage votre responsabilité. Un délai ferme, ou « de rigueur », se dépasse au prix des pénalités et de la résolution possible. Beaucoup d'ateliers annoncent un délai indicatif par prudence, puis le client impose un délai ferme dans sa commande : c'est le document signé en dernier, ou le contrat qui prévaut selon vos CGV, qui compte. Relisez le bon de commande du client avant de l'accepter, et refusez par écrit ce qui contredit votre devis.
Une clause qui vous dégagerait de toute responsabilité en cas de retard s'expose à être écartée pour déséquilibre significatif ; mieux vaut une clause équilibrée et appliquée.
Pénalités de retard de livraison : comment les fixer, comment les plafonner ?
Une pénalité de retard est une clause pénale : une somme fixée d'avance, due sans que le client ait à prouver son préjudice. L'article 1231-5 du code civil permet au juge de la modérer si elle est manifestement excessive, ou de l'augmenter si elle est dérisoire, mais entre professionnels la clause s'applique le plus souvent telle quelle.
L'usage dans l'industrie et le bâtiment se situe souvent autour de 0,5 à 1 % du montant hors taxes de la commande par semaine entière de retard, avec un plafond de 5 à 10 % ; les marchés publics utilisent des pénalités journalières proportionnelles au montant du marché, fixées par les cahiers des clauses administratives générales. Exemple : commande de 48 000 € HT, pénalité de 0,5 % par semaine, trois semaines de retard, soit 720 € ; plafond de 5 %, soit 2 400 € au maximum quel que soit le retard.
Quatre précisions à écrire :
- le retard se compte en semaines entières, après mise en demeure restée sans effet [8] jours ;
- la pénalité est forfaitaire et libératoire : elle répare tout le préjudice lié au retard, sauf faute lourde ;
- elle ne s'applique pas aux retards imputables au client, à un tiers ou à la force majeure ;
- elle se règle par avoir sur la facture concernée, jamais par modification d'une facture émise : une facture émise ne se modifie pas, et avec la facture électronique, le client la refuse par sa plateforme plutôt que de la corriger lui-même.
Force majeure, matières en rupture, fournisseur défaillant : quand le retard est-il excusable ?
L'article 1218 du code civil pose trois conditions cumulatives : l'événement échappe à votre contrôle, il ne pouvait pas être raisonnablement prévu à la signature, et ses effets ne peuvent pas être évités par des mesures appropriées. Si l'empêchement est temporaire, l'exécution est suspendue ; s'il est définitif, le contrat est résolu sans indemnité.
Ce que cela exclut, en pratique : le retard de votre propre fournisseur n'est pas, en soi, un cas de force majeure, car il est prévisible et contournable par un second approvisionnement ; une hausse du prix des matières non plus, elle relève de la clause de révision de prix ou, à défaut, de l'imprévision de l'article 1195, qui permet de demander une renégociation. Une rupture mondiale d'un composant sans substitut, un incendie ou une décision administrative de fermeture peuvent en revanche remplir les trois conditions.
Puisque la loi laisse la porte étroite, ouvrez-la par contrat : une clause qui liste les événements retenus comme cas de force majeure entre les parties (grève chez un fournisseur unique, incendie, épidémie, décision administrative, rupture d'un composant identifié), qui impose de prévenir sous 48 heures avec justificatifs, qui suspend le délai pour la durée de l'événement et qui permet à chacun de résoudre au-delà de [8] semaines. Les acheteurs sérieux l'acceptent parce qu'elle est réciproque.
Comment annoncer un retard sans perdre le client ?
Un retard se pardonne, une surprise non. Le client qui apprend le retard le jour de la livraison a un chantier arrêté et une équipe de pose payée à ne rien faire ; celui qui l'apprend deux semaines avant réorganise son planning. Cinq règles :
- Prévenez dès que le risque est sérieux, pas quand le retard est certain ; un « risque de retard, je vous confirme sous 48 heures » vaut mieux qu'une certitude tardive.
- Appelez, puis écrivez : l'appel gère l'émotion, le mail fixe la nouvelle date et sert de preuve.
- Donnez la cause précise et la mesure prise, sans accuser un tiers ni votre propre atelier.
- Engagez-vous sur une seule nouvelle date, tenable, plutôt que sur trois dates optimistes successives.
- Proposez une contrepartie utile : livraison partielle, pose en deux temps, transport express à votre charge, décalage de l'échéance de paiement.
Cette discipline suppose de ne pas promettre des délais que l'atelier ne peut pas tenir, ce qui arrive surtout quand le carnet de commandes est fragile. C'est aussi ce que nous voyons chez Inscale Agency : un fabricant dont les demandes de devis arrivent régulièrement par Google peut annoncer un délai réaliste, au lieu de promettre trop court pour ne pas perdre la commande. Si vos délais sont un argument, dites-le sur vos pages produits, avec un chiffre ; sinon, le site continue de ne rien ramener.
Modèle prêt à l'emploi
Clause de délai pour vos devis et CGV, et mail d'annonce de retard
Clause de délai de livraison
« Délai de livraison : [x] semaines à compter de la plus tardive des dates suivantes : réception de l'acompte, validation écrite des plans d'exécution par le client, réception par [Raison sociale] des matières spécifiques commandées pour la présente commande. Ce délai est [indicatif / ferme]. Il est suspendu de plein droit pendant tout retard du client dans la fourniture des informations, validations ou accès nécessaires, et pendant tout événement de force majeure au sens de l'article 1218 du code civil, [Raison sociale] en informant le client sous 48 heures. En cas de retard imputable à [Raison sociale], le client pourra, après mise en demeure restée sans effet pendant [8] jours, appliquer une pénalité de [0,5] % du montant hors taxes de la commande par semaine entière de retard, plafonnée à [5] % de ce montant ; cette pénalité est forfaitaire et libératoire, sauf faute lourde. Au-delà de [8] semaines de retard, chacune des parties pourra résoudre la commande par lettre recommandée, les sommes versées d'avance étant restituées. »
Mail d'annonce de retard
Objet : commande n° [numéro] — nouvelle date de livraison : [date]
Madame, Monsieur,
Je vous informe que la livraison de [désignation], prévue le [date initiale], ne pourra pas être tenue. La cause en est [cause précise : rupture d'approvisionnement sur [matière], panne de [équipement], etc.].
Nous avons [mesure prise : commandé la matière auprès d'un second fournisseur, réorganisé l'atelier en deux équipes]. La nouvelle date de livraison est le [date], et je m'engage sur celle-ci.
Pour limiter l'impact sur votre chantier, nous vous proposons [livraison partielle de [x] le [date] / pose en deux temps / prise en charge du transport express].
Je suis à votre disposition au [numéro] pour caler ce nouveau planning avec votre conducteur de travaux, et vous prie de nous excuser pour ce décalage.
Cordialement,
[Prénom Nom], [fonction] — [Raison sociale]
Exemple chiffré
Chez un fabricant de portails et de clôtures industrielles de 21 salariés
Situation : une commande de 48 000 € HT pour la clôture d'une plateforme logistique, délai ferme de huit semaines, pénalité de 0,5 % par semaine plafonnée à 5 %. À la cinquième semaine, le galvaniseur sous-traitant annonce une panne de bain qui décale les pièces de trois semaines.
Décision : le dirigeant appelle le conducteur de travaux le jour même, puis envoie le mail d'annonce avec une nouvelle date ferme, une livraison partielle des poteaux dès la semaine suivante pour lancer le scellement, et le transport express à sa charge.
Résultat : le client applique la pénalité prévue, 720 €, réglée par avoir sur la facture de solde, et confirme deux commandes supplémentaires dans l'année. Le fabricant a depuis ajouté un second galvaniseur à sa liste et allongé d'une semaine le délai annoncé sur ses devis.
Questions fréquentes
Quel recours si le délai de livraison n'est pas respecté ?
Entre professionnels, le client met d'abord le fournisseur en demeure par écrit. Il peut ensuite suspendre son paiement, exiger la livraison, appliquer les pénalités prévues, demander des dommages et intérêts pour le préjudice prouvé, ou résoudre la commande (articles 1217 et suivants du code civil).
Un délai indicatif engage-t-il le fournisseur ?
Oui, dans une moindre mesure : le fournisseur doit livrer dans un délai raisonnable au regard du délai annoncé, et un dépassement important engage sa responsabilité. La mention indicative écarte les pénalités automatiques, pas l'obligation de livrer ; le bon de commande du client peut imposer un délai ferme.
Comment calculer les pénalités de retard de livraison ?
Selon la clause du contrat : un pourcentage du montant hors taxes de la commande par semaine ou par jour de retard, avec un plafond. Exemple : 48 000 € HT, 0,5 % par semaine, trois semaines de retard, soit 720 €, plafonné à 5 %. Sans clause, le client doit prouver son préjudice.
Un retard de mon propre fournisseur est-il un cas de force majeure ?
En principe non : il est prévisible et peut être contourné par un autre approvisionnement, ce qui ne remplit pas les conditions de l'article 1218 du code civil. Il ne devient excusable que si le contrat le prévoit, par exemple pour un composant unique identifié, ou si l'événement d'origine est lui-même un cas de force majeure.
Et si le client est un particulier ?
Le code de la consommation s'applique : livraison à la date indiquée ou, à défaut, dans les trente jours suivant la commande ; en cas de retard, le consommateur peut résoudre le contrat après une mise en demeure restée sans effet, et obtenir le remboursement des sommes versées.
- Légifrance — Code civil, articles 1217 à 1231-7 et 1218
- entreprendre.service-public.gouv.fr — Délais de livraison et retard du fournisseur
- economie.gouv.fr — DGCCRF, délais de livraison
Informations à jour au 20 septembre 2026. Elles ne remplacent pas le conseil de votre expert-comptable ou de votre avocat sur votre situation.