Injonction de payer, société de recouvrement, commissaire de justice, avocat : les quatre voies comparées
Quand la mise en demeure est restée sans effet, quatre chemins s'ouvrent, qui ne s'excluent pas. Le choix dépend du montant, de votre temps et de l'attitude du client.
| Voie | Ce que vous payez | Délai habituel | Quand c'est le bon choix |
|---|---|---|---|
| Injonction de payer (vous-même) | Frais de greffe modestes, puis signification par commissaire de justice | Quelques semaines pour l'ordonnance, un mois d'opposition ensuite | Créance certaine, non contestée, client encore en activité |
| Société de recouvrement | Pourcentage des sommes récupérées, parfois des frais d'ouverture | Un à trois mois de relances | Plusieurs créances, pas de temps en interne, client qui répond aux relances |
| Commissaire de justice | Tarif réglementé pour les actes ; honoraires libres pour l'amiable | Selon l'acte | Sommation, signification, exécution après ordonnance |
| Avocat | Honoraires libres, à demander avant | Plusieurs mois | Créance contestée, montant élevé, assignation au fond |
Dans la plupart des dossiers d'un fabricant, la voie normale est : mise en demeure, injonction de payer déposée par vous, signification et exécution par un commissaire de justice. La société de recouvrement délègue la phase amiable ; l'avocat intervient quand le client conteste. La procédure complète face à un client qui ne paie pas situe chacune de ces étapes dans le temps.
L'injonction de payer pas à pas : la procédure sans avocat
L'injonction de payer est une procédure écrite : le juge statue sur vos pièces, sans convoquer le client. Elle convient aux créances commerciales certaines, d'un montant déterminé, nées d'un contrat.
- Vérifiez les conditions. Devis accepté, livraison prouvée, mise en demeure restée sans effet, client dont le siège est en France.
- Déposez la requête au greffe du tribunal de commerce du lieu où se trouve le siège du client, sur papier ou en ligne. Un formulaire de requête est disponible sur service-public.fr. Vous y détaillez le principal, les pénalités arrêtées à la date, l'indemnité forfaitaire de 40 € et les frais.
- Joignez les pièces : devis accepté, bons de livraison ou procès-verbaux signés, facture, CGV, relances, mise en demeure avec accusé de réception.
- Attendez l'ordonnance. Le juge accepte, accepte en partie ou rejette ; en cas de rejet, pas de recours, mais vous pouvez assigner au fond.
- Faites signifier l'ordonnance au client par un commissaire de justice dans les six mois, sinon elle tombe.
- Comptez un mois à partir de la signification : le client peut faire opposition, ce qui renvoie l'affaire devant le tribunal en audience.
- Sans opposition, demandez au greffe d'apposer la formule exécutoire, sans tarder après l'expiration du délai : le code de procédure civile encadre ce délai à peine de caducité.
- Faites exécuter par le commissaire de justice : saisie sur compte bancaire, de matériel, ou des créances du client sur ses propres clients.
Combien coûte une injonction de payer, et qui paie au final ?
Les frais de greffe se comptent en dizaines d'euros ; le montant exact figure sur infogreffe.fr au moment du dépôt. La signification par le commissaire de justice suit un tarif réglementé, de l'ordre de quelques dizaines d'euros par acte. Si vous faites tout vous-même, un dossier de 15 000 € coûte moins de 200 € de frais externes, plus deux à trois heures de préparation.
Qui paie au final ? Le principe est que le débiteur supporte les frais de l'exécution forcée : signification, saisie, frais du commissaire de justice après titre exécutoire. Vous pouvez aussi réclamer dans la requête les pénalités de retard, l'indemnité forfaitaire de 40 € par facture et, sur justificatifs, une indemnisation complémentaire si vos frais de recouvrement dépassent ce forfait (article L441-10 du code de commerce). Les frais engagés avant tout titre, comme les honoraires d'une société de recouvrement, restent en principe à votre charge.
Côté délais, tout dépend du greffe : quelques semaines pour l'ordonnance, puis le mois d'opposition. Un dossier complet évite le rejet partiel. Les relances datées et la mise en demeure en recommandé sont vos pièces les plus utiles : elles montrent au juge que le client n'a jamais contesté.
Société de recouvrement : ce qu'elle fait, ce qu'elle coûte, ce qu'elle ne peut pas faire
Une société de recouvrement relance vos clients à votre place : courriers, appels, mails, négociation d'un échéancier. Son activité est encadrée par le code des procédures civiles d'exécution : contrat écrit avec vous, assurance, compte bancaire dédié aux fonds encaissés, première lettre au débiteur comportant des mentions précises.
Sa rémunération est un pourcentage des sommes effectivement recouvrées, fixé au contrat, parfois complété de frais d'ouverture de dossier. Elle facture au créancier : ses honoraires ne peuvent pas être mis à la charge du débiteur, sauf la part que la loi vous permet de réclamer (indemnité de 40 € et indemnisation complémentaire sur justificatifs). Lisez le contrat sur trois points : le taux, la durée d'exclusivité, et le cas où le client vous paie directement après la première lettre.
Ce qu'elle ne peut pas faire : saisir, contraindre, se présenter comme un tribunal ou un commissaire de justice. Si l'amiable échoue, elle vous proposera la voie judiciaire via un partenaire, avec des honoraires supplémentaires. Pour une créance unique de 10 000 € non contestée, l'injonction faite par vous coûte moins cher et va aussi vite ; pour vingt factures de 800 € éparpillées, la délégation se justifie.
Un huissier pour une facture impayée : quand appeler le commissaire de justice
Depuis 2022, les huissiers de justice sont devenus commissaires de justice. Avant jugement, ils peuvent délivrer une sommation de payer, qui vaut mise en demeure remise en main propre, et mener un recouvrement amiable à honoraires libres ; après ordonnance ou jugement, ils sont seuls habilités à signifier et à exécuter, au tarif réglementé.
Trois situations où les appeler tôt :
- le client ne retire pas les recommandés : la sommation signifiée est remise à la personne ou à l'adresse, avec procès-verbal ;
- la créance ne dépasse pas 5 000 € : une procédure simplifiée de recouvrement des petites créances, menée par le commissaire de justice sans passer par le juge, permet d'obtenir un titre exécutoire si le débiteur accepte de participer ; elle est décrite sur service-public.fr ;
- vous avez déjà une ordonnance : il faut la signifier sous six mois, puis exécuter.
Le commissaire de justice compétent est celui du lieu où se trouve le débiteur ; l'annuaire de la profession permet de le trouver. Demandez un devis écrit pour la partie amiable.
Quand l'injonction n'est pas la bonne voie : contestation, urgence, client en difficulté
Trois situations sortent du schéma.
- Le client conteste sérieusement (malfaçon, non-conformité, retard imputé à vous) : l'injonction sera rejetée ou frappée d'opposition. Il faut assigner au fond devant le tribunal de commerce ; au-delà de 10 000 € de demande, la représentation par avocat y est en principe obligatoire. Pour un gros donneur d'ordre, le Médiateur des entreprises (economie.gouv.fr) offre auparavant une médiation gratuite et confidentielle.
- L'urgence est réelle et la créance n'est pas sérieusement contestable : le référé-provision, devant le président du tribunal de commerce, permet d'obtenir une condamnation provisoire en quelques semaines, avec une audience. Il coûte l'assignation et, le cas échéant, l'avocat.
- Le client est en sauvegarde, redressement ou liquidation : toutes les poursuites individuelles s'arrêtent. Vous déclarez votre créance au mandataire dans les deux mois de la publication du jugement au BODACC, et vous revendiquez sous trois mois les marchandises livrées sous réserve de propriété.
Le tri des clients commence bien avant la facture : un fabricant qui reçoit assez de demandes de devis peut refuser un donneur d'ordre au paiement douteux, et c'est ce que nous cherchons à rendre possible chez Inscale Agency en faisant venir ces demandes par Google.
Modèle prêt à l'emploi
Liste de contrôle : le dossier à joindre à une requête en injonction de payer
À cocher avant de déposer.
- [ ] Kbis récent de votre entreprise et du client (infogreffe.fr).
- [ ] Devis accepté : signature, bon pour accord, ou courriel d'acceptation sans ambiguïté.
- [ ] Bon de commande du client, s'il en a émis un.
- [ ] Bons de livraison signés, procès-verbal de réception ou preuve d'exécution.
- [ ] Facture conforme, avec mentions de pénalités et indemnité de 40 €.
- [ ] Conditions générales de vente acceptées (renvoi sur le devis, signature).
- [ ] Relances datées, avec preuves d'envoi.
- [ ] Mise en demeure et accusé de réception (papier ou électronique).
- [ ] Décompte des sommes : principal TTC, pénalités arrêtées à la date de la requête, indemnité de 40 € par facture, frais justifiés.
- [ ] Formulaire de requête complété, avec le tribunal de commerce du siège du débiteur.
Décompte à reprendre dans la requête :
Principal : [montant] € TTC (facture n° [numéro] du [date], échue le [date]). Pénalités de retard au taux de [taux] % du [date d'échéance] au [date de la requête], soit [montant] €, à parfaire jusqu'au paiement. Indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement : 40 €. Total réclamé : [montant] €, outre les frais de procédure.
Exemple chiffré
Chez un fabricant de pièces usinées pour l'industrie
Un intégrateur doit 7 400 € TTC sur trois factures de pièces livrées avec bons signés. Après trois relances et une mise en demeure, silence. Le dirigeant hésite entre une société de recouvrement, qui propose 15 % des sommes récupérées, et l'injonction de payer.
Il choisit l'injonction : deux heures de dossier, quelques dizaines d'euros de greffe, une ordonnance en trois semaines, signifiée par un commissaire de justice pour un peu moins de cent euros. Le client paie tout, pénalités et indemnités comprises, dix jours après la signification. Coût total : moins de 150 € de frais externes, récupérés pour l'essentiel, contre 1 110 € d'honoraires avec la société de recouvrement.
Questions fréquentes
Comment fonctionne une société de recouvrement ?
Vous lui confiez la créance par contrat écrit ; elle relance le client par courriers, appels et mails, négocie un échéancier, encaisse sur un compte dédié et vous reverse les sommes moins son pourcentage. Elle ne peut ni saisir ni juger : si l'amiable échoue, elle vous renvoie vers la voie judiciaire, avec des frais supplémentaires.
Combien coûte une injonction de payer ?
Des frais de greffe de quelques dizaines d'euros, dont le montant exact figure sur infogreffe.fr, puis la signification par un commissaire de justice, au tarif réglementé. Sans avocat, un dossier revient à moins de deux cents euros de frais externes, que vous pouvez réclamer au débiteur avec les pénalités et l'indemnité de 40 €.
Faut-il un avocat pour une injonction de payer ?
Non, quel que soit le montant. La requête se dépose au greffe du tribunal de commerce par le dirigeant ou une personne mandatée, avec les pièces. L'avocat devient utile si le client fait opposition ou conteste sérieusement la créance : l'affaire passe alors en audience, et au-delà de 10 000 € sa présence est en principe obligatoire.
Un huissier peut-il récupérer une facture impayée sans jugement ?
Le commissaire de justice, ancien huissier, peut délivrer une sommation de payer et mener un recouvrement amiable sans jugement, mais il ne peut pas saisir sans titre exécutoire. Exception : pour une créance jusqu'à 5 000 €, la procédure simplifiée de recouvrement des petites créances lui permet de délivrer un titre si le débiteur accepte d'y participer.
Combien de temps dure une injonction de payer ?
Quelques semaines pour obtenir l'ordonnance, selon le greffe, puis un mois pendant lequel le client peut faire opposition après la signification. Sans opposition, la formule exécutoire est apposée et le commissaire de justice peut saisir. Comptez deux à quatre mois entre le dépôt et l'exécution quand tout se déroule sans incident.
- Entreprendre.service-public.gouv.fr — Injonction de payer et recouvrement de créances
- Légifrance — Code de procédure civile, articles 1405 et suivants (injonction de payer)
- Infogreffe — Greffes des tribunaux de commerce
- Chambre nationale des commissaires de justice
- Médiateur des entreprises — economie.gouv.fr
Informations à jour au 20 septembre 2026. Elles ne remplacent pas le conseil de votre expert-comptable ou de votre avocat sur votre situation.