Comment réagir face à un client qui ne paie pas : les six étapes dans l'ordre
Une facture impayée entre professionnels se traite comme un dossier : chaque étape a une date, une trace écrite et un coût connu.
| Étape | Quand | Coût pour vous | Qui s'en charge |
|---|---|---|---|
| 1. Relance téléphonique puis mail | Du lendemain de l'échéance à J+7 | Temps interne | Responsable administrative |
| 2. Deuxième relance écrite, pénalités rappelées | J+15 à J+20 | Temps interne, un timbre | Responsable administrative |
| 3. Dernière relance avant mise en demeure | Vers J+30 | Temps interne | Le dirigeant signe |
| 4. Mise en demeure | J+30 à J+45 | Quelques euros de recommandé | Le dirigeant |
| 5. Injonction de payer | Huit à quinze jours après la mise en demeure restée sans effet | Frais de greffe modestes, puis frais de signification | Vous-même, sans avocat |
| 6. Exécution forcée | Après ordonnance devenue exécutoire | Frais d'exécution, en principe à la charge du débiteur | Commissaire de justice |
Les dates des étapes 1 à 3 sont des usages, pas des délais légaux : la loi vous permet d'agir dès le premier jour. Ne laissez jamais passer une étape sans trace écrite datée : ce dossier sera votre preuve au tribunal.
Ce que la loi vous permet de facturer dès le premier jour de retard
Entre professionnels, le retard de paiement est encadré par l'article L441-10 du code de commerce. Sauf accord écrit, le paiement est dû 30 jours après la réception des marchandises ou l'exécution de la prestation. Si vous avez convenu d'un autre délai, il ne peut pas dépasser 60 jours à compter de la date de facture, ou 45 jours fin de mois.
Dès le lendemain de l'échéance, deux sommes sont dues sans qu'un rappel soit nécessaire :
- les pénalités de retard, au taux fixé dans vos CGV et rappelé sur la facture, au minimum trois fois le taux d'intérêt légal ; l'usage est le taux de refinancement de la Banque centrale européenne majoré de dix points ;
- l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement de 40 € par facture en retard (article D441-5), qui s'ajoute aux pénalités.
Ces deux mentions doivent figurer sur vos CGV et sur chaque facture ; si elles n'y sont pas, corrigez vos modèles aujourd'hui. Le dépassement des délais plafonds par un acheteur l'expose à une amende administrative pouvant atteindre 75 000 € pour une personne physique et 2 millions d'euros pour une société, prononcée par la DGCCRF. Pour une collectivité, le code de la commande publique fixe ses propres délais et des intérêts moratoires, dus eux aussi sans relance.
Comment relancer un client qui ne paie pas sans abîmer la relation
La première relance part du principe que le client a oublié, ce qui est vrai dans la majorité des cas : facture restée dans une boîte mail, bon de livraison non rapproché, personne qui valide en congé. Un appel de votre responsable administrative à son homologue règle l'affaire, et le mail qui suit confirme la date promise.
Les relances suivantes changent de ton, pas de forme : facture, échéance, montant, pénalités et indemnité de 40 € prévues par la loi, et une date limite. Chacune part par mail et, à partir de la deuxième, doublée d'un courrier. Les trois modèles de relance pour facture impayée couvrent les trois étapes, de la relance courtoise à la dernière avant mise en demeure.
Trois règles :
- relancer la personne qui paie, pas l'acheteur qui a signé le devis ;
- joindre la facture et le bon de livraison signé à chaque envoi ;
- noter chaque échange : date, interlocuteur, promesse.
Un gros client qui paie toujours à 75 jours quand le devis dit 30 n'oublie pas : cette pratique se traite au prochain devis.
Comment mettre en demeure un client qui ne paie pas
La mise en demeure est la dernière lettre amiable et la première pièce du dossier contentieux. Elle somme le client de payer une somme précise dans un délai précis, et annonce la suite. Elle s'envoie par lettre recommandée avec accusé de réception ou par lettre recommandée électronique, qui a la même valeur.
Elle contient :
- l'identification des deux entreprises et des factures concernées (numéros, dates, montants, échéances) ;
- les mots « mise en demeure de payer » ;
- le montant total réclamé : principal, pénalités calculées à la date de la lettre, indemnité de 40 € par facture ;
- un délai, en général huit à quinze jours ;
- la suite si rien n'arrive : requête en injonction de payer devant le tribunal de commerce.
Le modèle de mise en demeure entre professionnels reprend ces éléments dans un texte prêt à signer. Envoyée vers trente à quarante-cinq jours de retard, elle débloque une grande part des dossiers : le client comprend que le tribunal est l'étape suivante. S'il conteste la facture, elle date le litige et l'oblige à formuler ses griefs par écrit.
Quand passer à l'injonction de payer, à un commissaire de justice ou à une société de recouvrement
Si la mise en demeure reste sans effet et que la créance n'est pas sérieusement contestée, l'injonction de payer est la voie normale. Vous déposez une requête au greffe du tribunal de commerce, sans avocat, avec le devis, la facture, les bons de livraison, les relances et la mise en demeure. Le juge rend une ordonnance sans audience ; vous la faites signifier par un commissaire de justice (l'ex-huissier) dans les six mois ; le client dispose d'un mois pour faire opposition. Sans opposition, l'ordonnance devient exécutoire et le commissaire de justice peut saisir.
Le choix entre société de recouvrement et injonction de payer dépend de votre temps et du montant : la société relance à votre place et se paie sur les sommes récupérées ; l'injonction coûte des frais de greffe modestes et deux heures de dossier. En cas d'urgence sur une créance non contestable, le référé-provision va plus vite.
Deux cas changent la procédure :
- le client conteste sérieusement (litige sur la qualité) : l'injonction sera rejetée ou frappée d'opposition, il faut une assignation au fond ;
- le client est en redressement ou en liquidation judiciaire : toute poursuite s'arrête, vous devez déclarer votre créance au mandataire dans les deux mois de la publication du jugement au BODACC.
Enfin, le temps joue contre vous : la créance entre commerçants se prescrit par cinq ans (article L110-4 du code de commerce).
Comment éviter le prochain impayé dès le devis
Un fabricant qui lance 30 000 € de matières sur un devis accepté par mail, sans acompte, porte seul le risque. Les protections se mettent en place au devis et dans les CGV, pas après.
- L'acompte : aucun pourcentage légal entre professionnels ; 30 % est l'usage, 50 % sur du sur-mesure spécifique. Il se facture à l'encaissement et il finance les matières.
- La clause de réserve de propriété : les marchandises restent votre propriété jusqu'au paiement complet ; écrite dans les CGV et rappelée sur le devis, elle permet de revendiquer les pièces livrées si le client dépose le bilan.
- Des délais de paiement écrits sur le devis, la facture et les CGV, avec le taux de pénalités et l'indemnité de 40 €.
- La vérification du client avant de lancer la fabrication : Kbis, comptes déposés au greffe consultables sur infogreffe.fr, ancienneté, avis d'un confrère.
- Un plafond d'encours par client : au-delà d'un montant que vous fixez, pas de nouvelle livraison sans règlement de la précédente.
- La facturation par situations sur les chantiers longs, plutôt qu'une facture unique à la fin.
Un impayé pèse d'autant plus lourd que le client représente une grande part du carnet de commandes ; c'est aussi pour cela que nous travaillons chez Inscale Agency à faire rentrer des demandes de devis par Google, afin qu'un fabricant ne dépende pas de trois donneurs d'ordre.
Modèle prêt à l'emploi
Calendrier de relance à afficher au bureau
À adapter à vos délais de paiement. « J » désigne la date d'échéance portée sur la facture.
| Jour | Action | Canal | Ton et contenu |
|---|---|---|---|
| J + 1 à J + 7 | Première relance | Téléphone, puis mail avec facture jointe | Courtois, hypothèse de l'oubli, demande d'une date de paiement |
| J + 15 à J + 20 | Deuxième relance | Mail et courrier simple | Ferme, rappel des pénalités et de l'indemnité de 40 €, délai de huit jours |
| J + 30 | Dernière relance avant mise en demeure | Mail avec accusé de lecture et courrier | Signée du dirigeant, montant des pénalités chiffré, annonce de la mise en demeure |
| J + 30 à J + 45 | Mise en demeure de payer | Lettre recommandée AR ou recommandé électronique | Délai de huit à quinze jours, annonce de l'injonction de payer |
| J + 45 à J + 60 | Requête en injonction de payer | Greffe du tribunal de commerce | Dossier complet : devis, facture, bons de livraison, relances, mise en demeure |
Exemple chiffré
Chez un fabricant d'escaliers métalliques pour le bâtiment
Une entreprise générale doit 24 000 € TTC sur un escalier livré et posé, facture à 30 jours. À J+8, la responsable administrative appelle : « la facture est en validation ». À J+20, deuxième relance écrite avec rappel des pénalités et de l'indemnité de 40 €. À J+32, le dirigeant signe la dernière relance, pénalités chiffrées à la date. À J+40, mise en demeure par recommandé électronique, délai de dix jours, annonce de l'injonction de payer.
Le virement arrive à J+48, principal et indemnité de 40 €, sans les pénalités, que le fabricant choisit de ne pas poursuivre pour garder le client. Coût : quatre heures de travail administratif et un recommandé. Au devis suivant pour le même client, l'acompte passe de 30 à 40 % et l'encours est plafonné.
Questions fréquentes
Comment réagir face à un client qui ne paie pas ?
Dans l'ordre : relance téléphonique et mail dès le lendemain de l'échéance, deuxième relance écrite vers J+15, dernière relance vers J+30, mise en demeure par recommandé, puis requête en injonction de payer au tribunal de commerce si rien ne bouge. Chaque étape laisse une trace écrite datée, qui constitue votre dossier.
Comment mettre la pression à un mauvais payeur ?
Par les moyens que la loi vous donne : pénalités de retard et indemnité de 40 € réclamées dès le premier jour, suspension des livraisons en cours, mise en demeure par recommandé, injonction de payer. Jamais par des menaces, des messages publics ou des appels répétés à ses clients : vous passeriez du côté de la faute.
Peut-on porter plainte pour non-paiement de facture ?
Non, en règle générale. Un impayé entre professionnels est un litige civil et commercial, pas une infraction pénale : la voie est la mise en demeure puis le tribunal de commerce. Une plainte n'a de sens qu'en cas de manœuvres frauduleuses caractérisées, ce qui relève d'un avocat.
Au bout de combien de temps une facture impayée est-elle perdue ?
Entre commerçants, la créance se prescrit par cinq ans à compter de son échéance (article L110-4 du code de commerce). En pratique, les chances de recouvrement baissent vite après quelques mois : plus le dossier attend, plus le client a d'autres créanciers devant vous, ou disparaît.
À partir de quand puis-je facturer des pénalités de retard ?
Dès le lendemain de la date d'échéance, sans rappel, si vos CGV et vos factures mentionnent le taux des pénalités et l'indemnité forfaitaire de 40 €. Le taux ne peut pas être inférieur à trois fois le taux d'intérêt légal ; l'usage est le taux de la BCE majoré de dix points.
- Légifrance — Code de commerce, articles L441-10 et D441-5 (délais et pénalités de retard)
- DGCCRF — Délais de paiement entre professionnels
- Entreprendre.service-public.gouv.fr — Recouvrement d'une facture impayée
- Infogreffe — Tribunaux de commerce et injonction de payer
Informations à jour au 20 septembre 2026. Elles ne remplacent pas le conseil de votre expert-comptable ou de votre avocat sur votre situation.