Quatre outils, quatre problèmes différents
Un fabricant qui livre à 60 jours fin de mois et paie ses matières à 30 jours porte deux à trois mois de chiffre d'affaires dans son poste clients. Les quatre outils comparés ici répondent à deux problèmes distincts : trouver l'argent plus tôt, ou ne pas le perdre.
| Outil | Ce qu'il fait | Ce qu'il coûte (ordre de grandeur) | Qui porte le risque d'impayé |
|---|---|---|---|
| Affacturage | Un factor achète vos factures et vous avance la plus grande part du montant sous 48 heures | Commission sur le chiffre d'affaires cédé, intérêts sur les avances, frais annexes | Le factor, si contrat « sans recours » ; vous, sinon |
| Cession Dailly | Votre banque vous ouvre un crédit garanti par des factures cédées par bordereau | Intérêts sur l'utilisation, commission de la ligne | Vous |
| Escompte | La banque vous paie une lettre de change ou un billet à ordre avant son échéance | Agios et commission par effet | Vous |
| Assurance-crédit | Un assureur surveille vos clients et indemnise une part de l'impayé | Prime annuelle en pourcentage du chiffre d'affaires assuré | L'assureur, dans la limite accordée par client |
Les coûts varient selon votre volume, vos clients et la négociation ; les chiffres exacts sont ceux de vos devis.
Affacturage : comment ça marche, et quel est le coût moyen ?
Vous cédez vos factures à une société d'affacturage, le factor, souvent filiale de banque. Il vous avance la plus grande part du montant TTC et retient le reste dans un fonds de garantie libéré au paiement du client. Il se charge du recouvrement, sauf en affacturage confidentiel.
Trois lignes de coût :
- la commission d'affacturage, un pourcentage de chaque facture cédée, pour la gestion et le recouvrement ;
- la commission de financement, des intérêts sur les sommes avancées, indexés sur les taux à court terme plus une marge ;
- les frais annexes : dossier, minimum annuel de commission, frais par client agréé.
Tout compris, l'ordre de grandeur constaté se situe entre un et trois pour cent du chiffre d'affaires confié, avec de fortes variations : un fabricant qui cède 2 millions d'euros de factures par an paie de 20 000 à 60 000 € pour disposer de son argent sous deux jours au lieu de soixante. Ce n'est pas cher si cet argent finance des commandes que vous auriez refusées ; c'est très cher s'il comble le retard chronique d'un client qu'il aurait fallu recadrer. La question utile n'est pas le coût moyen, mais ce que rapporte le jour de trésorerie gagné.
Quels sont les inconvénients de l'affacturage ?
L'affacturage a mauvaise réputation chez certains dirigeants, à raison dans ces cas.
- L'engagement. Souvent un an, un minimum de chiffre d'affaires cédé et un minimum de commission ; sortir coûte.
- Le tri des clients. Le factor agrée chaque client et fixe une limite d'encours ; un client jugé fragile peut être refusé.
- Les factures particulières. Acomptes, situations de chantier, retenues de garantie, factures contestées : mal acceptées ou exclues, alors qu'elles pèsent lourd chez un fabricant sur mesure.
- La relation client. En affacturage notifié, votre client paie le factor et reçoit ses relances ; certains y voient un signe de fragilité.
- La dépendance. Une fois la trésorerie calée sur les avances, s'en passer oblige à reconstituer deux mois de fonds de roulement.
Le point le moins visible : le factor n'avance que sur des factures nettes de tout litige. Devis flou, réception non signée, quantité discutée, et la facture est exclue. Une PME qui découvre l'affacturage découvre souvent que sa chaîne devis, bon de livraison, procès-verbal, facture n'est pas assez propre.
Cession Dailly et escompte : la banque plutôt que le factor
La cession Dailly (loi du 2 janvier 1981, articles L313-23 et suivants du code monétaire et financier) fonctionne ainsi. Vous remettez à votre banque un bordereau listant des factures professionnelles ; elle vous ouvre un crédit à hauteur d'une part de ces créances, et peut notifier la cession au client ou la garder silencieuse. Si le client ne paie pas, la banque se retourne vers vous.
Avantages : un coût proche d'un crédit de trésorerie, aucune commission de gestion, la possibilité de mobiliser une facture précise. Limites : la banque fixe le plafond selon votre bilan et demandera des garanties si votre situation se tend. C'est l'outil d'un besoin ponctuel, comme une grosse commande dont l'acompte ne couvre pas les matières.
L'escompte est plus ancien : votre client accepte une lettre de change ou un billet à ordre payable à 60 jours, et la banque vous en paie le montant moins des agios. Il suppose des clients qui acceptent les effets de commerce, devenus rares. Pour les créances sur des donneurs d'ordre publics, Bpifrance propose des solutions de mobilisation. Dans tous les cas, la banque regarde votre dossier de recouvrement : des relances datées et une mise en demeure envoyée à temps valent une garantie.
Assurance-crédit : payer pour ne pas subir l'impayé
L'assurance-crédit ne vous avance pas un euro. Elle indemnise une part de la créance hors taxes si un client ne paie pas, et surtout elle surveille vos clients en continu. Vous déclarez votre chiffre d'affaires assurable, l'assureur fixe pour chaque client une limite garantie, et vous payez une prime annuelle en pourcentage du chiffre d'affaires assuré, de l'ordre de quelques dixièmes de pour cent selon le secteur ; l'indemnité couvre une part importante de la créance, jamais la totalité.
Ce que la police impose :
- respecter les limites accordées ; ce qui est livré au-delà n'est pas couvert ;
- relancer et déclarer le sinistre dans les délais du contrat ;
- transmettre le recouvrement à l'assureur.
Pour un fabricant dont un client représente 30 % du chiffre d'affaires, l'intérêt est double : l'indemnité en cas de défaillance, et l'alerte quand l'assureur réduit la limite sur ce client. C'est un outil de protection, à comparer au coût d'un impayé de 40 000 € plutôt qu'à un taux de crédit. En cas de liquidation du client, l'assurance n'exonère pas de la déclaration de créance dans les deux mois de la publication au BODACC.
Comment choisir, et quand le problème est ailleurs
Le bon outil se déduit du symptôme.
| Ce que vous constatez | Outil à regarder d'abord | Ce qu'il faut corriger en parallèle |
|---|---|---|
| Croissance rapide, matières à payer avant d'être payé | Affacturage ou Dailly | Acompte de 30 à 50 % sur le sur-mesure |
| Une grosse commande ponctuelle | Dailly | Facturation par situations |
| Un ou deux clients qui pèsent lourd | Assurance-crédit | Plafond d'encours, diversification |
| Clients qui paient toujours en retard | Aucun : le financement masque le problème | Délais écrits, pénalités facturées, relances dès J+1 |
| Factures contestées après livraison | Aucun | Devis précis, procès-verbal de réception signé |
Les deux dernières lignes concernent beaucoup de PME. Un client qui paie à 75 jours quand le devis dit 30 vous coûte, sur 50 000 € d'encours, 45 jours de découvert ; la procédure face à un client qui ne paie pas, appliquée dès le premier jour de retard, résout cela sans commission. Avant de signer, calculez ce que vous coûte votre délai client avec le tableau ci-dessous, et demandez trois devis. Le financement le moins cher reste un carnet de commandes réparti sur beaucoup de clients qui paient à 30 jours, et c'est ce que nous cherchons à construire chez Inscale Agency en faisant venir les demandes de devis d'un fabricant par Google plutôt que de deux donneurs d'ordre.
Modèle prêt à l'emploi
Grille de calcul : ce que vous coûte votre délai client, et ce que chaque solution changerait
À remplir avec votre comptable.
| Ligne | Votre chiffre | Comment l'obtenir |
|---|---|---|
| A. Chiffre d'affaires TTC annuel | [3 600 000 €] | Bilan |
| B. Encours clients moyen | [600 000 €] | Moyenne des balances clients mensuelles |
| C. Délai client réel en jours = B / A × 365 | [61 jours] | Calcul |
| D. Délai prévu au devis | [30 jours] | Vos CGV |
| E. Encours dû au retard = A × (C − D) / 365 | [306 000 €] | Calcul |
| F. Coût annuel de ce retard au taux de votre découvert | [E × taux] € | Convention de compte |
| G. Coût annuel de la solution étudiée | [devis du factor, de la banque ou de l'assureur] € | Devis écrit, toutes commissions comprises |
| H. Impayés des trois dernières années | [montant] € | Créances passées en perte |
| Décision | E élevé et H faible : le problème est le délai, relances et conditions avant tout financement. H élevé : regardez l'assurance-crédit. Vrai besoin d'avance lié à la croissance : comparez G au découvert F et à la marge des commandes que le financement permet d'accepter. | |
Exemple chiffré
Chez une tôlerie industrielle de 40 salariés
Deux donneurs d'ordre font la moitié du chiffre d'affaires et paient à 60 jours fin de mois ; les matières se règlent à 30 jours. Le dirigeant envisage l'affacturage sur tout le poste clients, à environ 2 % du chiffre d'affaires.
Avec son comptable, il refait le calcul : le besoin d'avance ne porte que sur les deux gros clients, et le vrai risque est leur défaillance, pas leur délai, qu'ils respectent. Il retient une assurance-crédit sur ces deux comptes, une ligne Dailly pour mobiliser leurs factures quand une grosse commande l'exige, et un acompte de 40 % sur le sur-mesure pour les autres clients. Coût annuel : nettement inférieur à l'affacturage global, pour une protection qu'il n'avait pas.
Questions fréquentes
Quels sont les inconvénients de l'affacturage ?
Un coût global de un à trois pour cent du chiffre d'affaires cédé en ordre de grandeur, un engagement souvent annuel avec minimums, le refus des clients jugés fragiles et des factures d'acompte ou de situation, une relation client parfois affectée en affacturage notifié, et une dépendance à l'avance une fois la trésorerie calée dessus.
Quel est le coût moyen d'un affacturage ?
Il n'existe pas de coût moyen fiable : la commission d'affacturage dépend du volume et du nombre de factures, la commission de financement des taux à court terme et du délai de paiement, les frais annexes du contrat. Tout compris, l'ordre de grandeur va de un à trois pour cent du chiffre d'affaires confié ; seuls des devis écrits donnent votre chiffre.
Quelle société d'affacturage choisir ?
Comparez au moins trois offres, dont celle de votre banque et celle d'un factor indépendant, sur le coût total annuel toutes commissions comprises, la durée d'engagement, les minimums, le traitement des factures d'acompte et de situation, et le sort des clients refusés. Bpifrance Création et votre expert-comptable aident à lire les contrats.
Dailly ou affacturage : quelle différence ?
La cession Dailly est un crédit bancaire garanti par vos factures : moins cher, sans gestion du recouvrement, mais vous gardez le risque d'impayé et la banque fixe le plafond selon votre bilan. L'affacturage achète vos factures, gère le recouvrement et peut prendre le risque d'impayé, contre une commission plus élevée et un engagement.
L'assurance-crédit est-elle utile pour une PME industrielle ?
Oui quand un ou deux clients pèsent lourd dans le chiffre d'affaires : elle indemnise une part de la créance en cas de défaillance et, surtout, surveille la solvabilité de ces clients en continu. Elle ne finance rien et impose de respecter les limites d'encours accordées et de déclarer les sinistres dans les délais.
- Bpifrance Création — Affacturage, cession Dailly, escompte, assurance-crédit
- Légifrance — Code monétaire et financier, articles L313-23 et suivants (cession Dailly)
- Entreprendre.service-public.gouv.fr — Financement de la trésorerie
- Banque de France — Médiation du crédit aux entreprises
Informations à jour au 20 septembre 2026. Elles ne remplacent pas le conseil de votre expert-comptable ou de votre avocat sur votre situation.